La vie après le sport

Crédit photo :  mmafighting.com

Crédit photo : mmafighting.com

Jeune, en pleine forme, rempli d’aspirations et motivé comme jamais : voilà comment on débute une carrière d’athlète professionnel. Puis sans crier gare, la retraite frappe de plein fouet. Nous passons d’entrainements à temps plein à une réalité loin des projecteurs. Pendant des années, nous avons peaufiné notre talent pour atteindre le plus haut niveau et soudain, plus personne nous demande de performer. C’est la vie après le sport.

Physiquement, la retraite est bienvenue. Psychologiquement, on n’est pas prêt à ça, même si on pense qu’on l’est ou que c’est la bonne chose à faire. Parce que dans le fond on va toujours se demander s’il nous en restait encore un peu dans le corps.

Il y a deux sortes de retraite : celle qui s’impose et celle par choix. Dans le premier cas, c’est évident: blessure grave, contrat inexistant ou congédiement. Dans le deuxième cas, c’est plus délicat, car tu dois prendre la décision pour toi-même. Personne ne t’a forcé à quitter. Au fond, il s’agit d’être plus intelligent que le sport pour laisser derrière la popularité et l’argent. Bien souvent, c’est une question de santé. Mais qu’arrive-t-il après la retraite? Est-ce qu’avoir des millions en banque peut faciliter ce passage obligé? Est-ce que les athlètes ont planifié leur après carrière? Voici mon histoire de la vie après le sport.

En février 2017, je décidais que le 8 avril, deux mois plus tard, serait la dernière fois que j’allais chausser les souliers d’un athlète professionnel. Perd ou gagne, ma décision était prise. J’étais encore compétitif, j’avais encore un contrat solide, mais j’avais atteint ma limite. Après quinze ans de carrière qui ont passés comme quinze minutes, j’en étais rendu là : au bout! Je m’estime quand même « chanceux » d’avoir été conscient de la situation et d’avoir pris une décision réfléchie. J’ai pu peser le pour et le contre et surtout, je n’ai pas subi le combat de trop.

Mais comment ai-je été capable de m’avouer que mon temps était fait? Et bien, la réponse est très simple : j’étais prêt à faire face à la situation. J’avais préparé mon après-carrière depuis plusieurs années. Voilà la clé. Il faut placer nos pions de sorte que le sport reste une passion et non une obligation.

Parce qu’au fond, la plupart des athlètes qui prennent leur retraite ne s’ennuient pas du jeu, mais c’est tout le reste qui leur manque. Le vestiaire, les coéquipiers, la foule, le bruit de l’annonceur ... Si tu t’ennuies du sport, c’est facile : tu n’as qu’à aller au parc et jouer au football, au hockey ou au baseball. Mais le reste est impossible à reproduire. Pour ma part, j’ai réussi à capturer ces derniers souvenirs uniques le 8 avril 2017 en ne disant à personne que c’était ma dernière marche vers l’octogone, la dernière fois que l’annonceur me présentait, la dernière fois que j’étais dans mon monde de performance. Égoïste? Peut-être. Je ne voulais pas partager cet instant avec personne. Ce moment-là était à moi! C’était ma façon de dire au revoir à un mode de vie qui a su faire sortir le meilleur de moi-même.

Presque deux ans plus tard, je suis toujours aussi serein avec ma décision. On m’a offert de faire un retour à plusieurs reprises, mais est-ce que le prix en vaut la chandelle? Dans le sport, tu es toujours aussi bon que ta dernière performance... Je suis sorti la tête haute et j’étais préparé à passer à autre chose. Le sport m’a apporté des choses inestimables professionnellement et personnellement, mais il y a une vie après le sport.

Patrick Côté