NFL : joueurs de football, hommes d’affaires ou un peu des deux ?

Crédit photo : CBS Sports

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Pour les amateurs de football, l’arrivée du mois d’août rime généralement avec début des camps d’entrainement dans la NFL. Depuis plus de deux semaines, le réseau NFL Network nous présente en boucle des émissions en direct des différents camps. De quoi faire saliver les partisans d’ici au 5 septembre pour le coup d’envoi de la saison au Soldier Field pour la 199e rencontre de la rivalité Packers-Bears.

Depuis quelques années, on remarque que certains joueurs vedettes font la grève, qu’ils refusent de se présenter au camp d’entrainement parce que mécontent de leur salaire, et ce, malgré un contrat existant qui les lie à leur équipe. Un phénomène dont on entend de plus en plus parler. Pensons à Le’Veon Bell, ancien des Steelers de Pittsburgh, qui a manqué la totalité de la dernière saison.

Cette année, à l’ouverture des camps d’entrainement, plusieurs joueurs l’ont imité : Trent Williams (Redskins de Washington), Ezekiel Elliott (Cowboys de Dallas), Michael Thomas (Saints de la Nouvelle-Orléans), Jadeveon Clowney (Texans de Houston), Melvin Gordon (Chargers de Los Angeles) pour ne nommer que ceux-ci. Chacun d’entre eux ont/avaient le souhait d’obtenir un nouveau contrat, d’être payé à ce qu’ils considèrent être leur juste valeur. Pari gagné pour Michael Thomas : 100 M$ sur cinq ans, dont 61 garantis!

Le cas d’Ezekiel Elliott est celui qui fait le plus jaser actuellement. Il s’agit sans contredit du sujet numéro un dans la plupart des émissions d’analyse sportive des grands réseaux américains comme ESPN. Différentes raisons expliquent cela :

1.     À ses trois premières saisons dans la NFL, Ezekiel Elliott s’est imposé comme l’un des meilleurs porteurs de ballon de la ligue;

2.     Le propriétaire de la formation texane est un des plus colorés de la NFL, voire du sport professionnel en Amérique du Nord. Il ne se gêne d’ailleurs pas pour utiliser les médias dans la gestion de la situation actuelle;

3.     Les Cowboys sont les Cowboys (Team America, faut-il le rappeler). Qui plus est, plusieurs les considèrent comme des aspirants au Super Bowl (avec Ezekiel Elliott dans l’alignement bien entendu).

Mais qu’est-ce qui explique ce phénomène qui semble propre à la NFL ?

La question des contrats non garantis

Contrairement aux autres ligues majeures, une bonne partie des contrats dans la NFL ne sont pas garantis. Un élément non négligeable. En effet, dans la NHL par exemple, lorsqu’un joueur signe un contrat, l’équipe se doit de l’honorer. Si cette dernière est insatisfaite du rendement du joueur, ses options sont essentiellement de l’échanger ou de racheter son contrat. Dans la NFL, une équipe peut couper un joueur de l’alignement, et se retrouve essentiellement libérée de l’obligation de payer son salaire.

Certains joueurs ont parfois une partie du contrat qui est garanti, mais ce n’est jamais la totalité. D’ailleurs, de plus en plus de joueurs cherchent maintenant davantage des garanties plutôt que des gros montants.

Concrètement, les joueurs qui sont au sommet de leur forme et de leur performance ont donc intérêt à aller chercher le maximum d’argent possible à court terme.

Les carrières courtes

Un autre élément de réponse réside dans le fait que les carrières sont généralement très courtes dans la NFL. Le risque élevé de blessures et le grand nombre de joueurs sortant des rangs collégiaux et désireux de faire leur place sont parmi les raisons principales qui expliquent que la durée moyenne d’une carrière dans la NFL est inférieure à quatre saisons (elle était de 2,66 saisons en 2014 selon Sports Illustrated).

Raison de plus pour les bons joueurs, lorsqu’ils sont à leur sommet, de vouloir aller chercher le maximum d’argent possible rapidement. D’ailleurs, plusieurs des joueurs qui font actuellement la grève ont des contrats recrus, généralement moins importants en valeur monétaire que les contrats de vétérans qui offrent des niveaux de performance similaire.

Valeur sur le terrain = valeur à la banque ?

Une partie de la réponse réside probablement également dans la position des joueurs. Dans le football d’aujourd’hui, la valeur des quarts-arrière et des receveurs éloignés est considérée comme supérieure à celle d’un porteur de ballon. Jerry Jones, le propriétaire des Cowboys, ne s’est d’ailleurs pas gêné pour dire aux médias qu’il considérait ne pas avoir besoin d’un porteur de ballon toute étoile pour aspirer aux grands honneurs.

L’autre élément à considérer est certainement l’entourage du joueur en question. Avec un Drew Brees vieillissant, la fenêtre d’opportunité des Saints pour gagner un championnat n’est pas éternelle. Ils ont donc intérêt à entourer leur quart-arrière des meilleurs éléments possible (notamment Michael Thomas). À l’inverse, les Cowboys ont une jeune équipe qui risque d’être compétitive pour de nombreuses années encore. Ils peuvent donc se permettre d’être plus patients. 

Stratégie gagnante ?

Mais la question qu’il faut se poser : est-ce une stratégie gagnante pour les joueurs ?

Visiblement, plusieurs semblent penser que oui. Par contre, quand on prend le temps de regarder les chiffres, force est de constater que la réponse est plus nuancée. Prenons le cas de Le’Veon Bell. Avant sa grève d’une année, Bell avait amassé un total de 16 M$ en salaire en cinq saisons avec les Steelers. Le contrat qu’il a récemment signé avec les Jets est d’environ 52 M$ sur quatre ans, dont 27 garantis. Payant à première vue… Pas si vite. Selon plusieurs médias américains, l’offre que les Steelers ont faite à Bell avant sa « grève » d’une année était supérieure à celle qu’il a signée avec les Jets (70 M$ total vs 52 M$). C’est donc dire que son année à la maison ne lui aura pas permis d’aller chercher autant que ce qu’il souhaitait. Si on ajoute à cela le fait qu’il ait perdu une année complète de salaire en ne jouant pas en 2018… 

Pour certains, il peut toutefois s’agir d’un pari gagnant. Michael Thomas n’a eu besoin de manquer que cinq pratiques avant de signer un nouveau contrat.

Et les partisans dans tout ça…

Ce phénomène de « grève » des joueurs révèle une partie importante du sport professionnel d’aujourd’hui, qui est une véritable business. Pour les équipes et leur propriétaire, mais aussi pour les joueurs. Malheureusement, ce sont souvent les partisans qui sont les premiers perdants dans ce genre de conflits.

Mikaël Guillemette